Quand la fatigue de compassion frappe les soignants

Déchirés entre les exigences du travail et leur jugement professionnel, nombre de soignants ont vu leur compassion déraper et la fatigue s’installer.

Par Catherine Crépeau

La Dre Marie-Chantale Brien, directrice de l’intervention, de la prévention et de la recherche au Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), confirme que les demandes d’aide pour fatigue de compassion ont augmenté au cours de la dernière année.

« Les soignants ont été exposés à des décès multiples, une insuffisance de personnel, des ressources matérielles manquantes et des situations de conflits de valeurs, ce qui peut entraîner un sentiment de surcharge, une diminution de l’empathie, un retrait émotif, une perte d’intérêt, une vulnérabilité et une remise en question par rapport à son orientation professionnelle », explique-t-elle.

La fatigue de compassion, aussi appelée usure de compassion, est « liée à une compassion extrême, à un désir profond d’aider l’autre quitte à s’oublier, ce qui mène à une perte d’énergie psychologique, émotionnelle et physique. C’est une usure qui s’installe de façon lente et graduelle quand la personne qui aide n’est plus capable de se ressourcer », décrit Madeleine Fortier qui a écrit Usure de compassion: jusqu’où aller sans se brûler? après avoir souffert de fatigue de compassion comme proche aidante, puis comme conseillère en transition de carrière.

Comment s'en protéger?

« Je côtoie des infirmières préretraitées qui savent doser leur empathie avec les patients à leur charge depuis longtemps. Je ne connais pas leur recette, mais il faut savoir demeurer empathique avec le patient sans ressentir à sa place sa détresse extrême psychologique ou physique », reconnaît Truc Huynh, infirmière clinicienne au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. 

« De façon très imagée, en mode sympathie, on pleure avec notre patient qui vient d’apprendre une mauvaise nouvelle; en mode empathie, on lui mentionne que l’on comprend la détresse que lui procure cette mauvaise nouvelle et, en mode bienveillance ou compassion, on lui offre des mouchoirs, on approche notre siège et on met la main sur l’épaule. Comme intervenant, il faut valoriser la posture de bienveillance dans notre mode d’interactions. Pour y parvenir, l’autocompassion doit être valorisée et renforcée, c’est-à-dire « se traiter soi-même comme on souhaiterait que les autres nous traitent », souligne la Dre Brien.

Dans ses ateliers, Madeleine Fortier suggère de se réserver du temps et de s’adonner à des activités qui permettent de libérer le stress. « Il faut prendre conscience de la manière dont on interagit et intervient auprès des patients, et apprendre à laisser au patient ce qui lui appartient. Par exemple, ne pas prendre toute la responsabilité de sa guérison sur ses épaules. »

Les deux intervenants s’entendent pour dire que la prévention de la fatigue de compassion et de l’épuisement professionnel devrait faire partie de la formation des soignants. L’autocompassion et la résilience notamment pourraient être enseignées. « Les soignants et les gestionnaires sont plus sensibles à la détresse des soignants, mais il reste du chemin à faire », conclut la Dre Brien.

Références :

Brillon, P. Entretenir ma vitalité d’aidant. Éditions de l’Homme.

Fortier, M. Usure de compassion: jusqu’où aller sans se brûler? Presses Inter Universitaires.

Article paru le 23 juillet 2021 sur ProfessionSanté.ca