Suicide d’une étudiante en médecine: attention aux signaux de détresse

Alors qu’une étudiante en médecine de l’Université McGill s’est récemment enlevée la vie, le Collège des médecins du Québec (CMQ) rappelle aux médecins enseignants d’être attentifs « à tous les signaux de détresse chez leurs étudiants ».

Par Mathieu Ste-Marie

Le CMQ n’a toutefois pas souhaité faire de plus amples commentaires sur le sujet, sauf pour mentionner que « cet événement a secoué la communauté étudiante de la Faculté de médecine de l’Université McGill et certainement l’ensemble de la communauté médicale ». 

Rappelons que les amis et camarades de classe de Justine Renaud ont dénoncé en entrevue à ProfessionSanté.ca, la semaine dernière, les conditions de stage très difficiles des étudiants en médecine. Par exemple, des stagiaires de l’Université McGill sont souvent appelés à travailler jusqu’à 16 heures par jour. Au moment d’écrire ces lignes, mardi après-midi, la Faculté de médecine de l’Université McGill n’avait pas réagi à la sortie publique des étudiants. 

De son côté, la directrice de l’intervention, de la prévention et de la recherche au Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), la Dre Marie-Chantale Brien, s’inquiète pour les étudiants. « Ils ont énormément d’évaluation et la pression de performance est très sentie dans ce groupe d’âge-là. Nous observons beaucoup d’anxiété de performance chez les étudiants en médecine », explique-t-elle. 

Cette dernière croit que la pandémie affecte spécialement la santé mentale des étudiants. « Ce sont souvent de jeunes adultes, qui sont donc dans un moment charnière de leur vie où ils ont besoin de socialiser. Nous savons comment l’isolement peut être moins bien vécu dans cette tranche d’âge. De plus, des étudiants sont inquiets puisque leurs stages ont été écourtés par les différentes vagues de la pandémie. »

Malgré tout, très peu d’étudiants font appel au PAMQ. L’an dernier, sur toutes les demandes d’aide au programme, seulement 2 % provenaient de cette clientèle. Depuis le début de la pandémie, le nombre de demandes d’aide a connu une hausse significative chez les médecins de famille et les spécialistes, mais a stagné chez les étudiants. 

La Dre Brien y voit deux raisons: certaines universités offrent des services d’aide et le PAMQ est peu connu des étudiants. 

« Nous avons fait des efforts pour présenter nos services dans les facultés, notamment avec une vidéo que nous avons produite. Mais, je crois qu’il faut y retourner afin que les étudiants sachent qu’on peut leur rendre des services ».

Un registre sur le suicide des médecins 

Par ailleurs, la Dre Marie-Chantale Brien prône la tenue d’un registre national sur le suicide des médecins afin de mieux cerner le problème, comme cela existe aux États-Unis, par exemple. « Nous aurions des statistiques plus claires. Actuellement, nous sommes obligés de nous baser sur des études effectuées sur des médecins américains ou européens », mentionne-t-elle.   

Aux États-Unis, le suicide cause la mort d’environ 400 médecins chaque année alors qu’au Canada, un sondage de l’Association médicale canadienne en 2018 révélait que 8 % des médecins y avaient songé au cours de l’année 2017. 

Le PAMQ connait le nombre de médecins qui se sont suicidés seulement si ceux-ci ont fait une demande d’aide à cet organisme. La Dre Brien ne veut toutefois pas dévoiler les chiffres, puisque « ce sont de très petits chiffres et cela devient facile de savoir qui a contacté le programme ». 

Notons que le PAMQ organise des interventions de groupe avec des médecins qui viennent de perdre un collègue par suicide. « Il faut parler du suicide parce qu’il ne faut plus que ça ne se produise, mais il faut aussi en parler avec sensibilité, car le phénomène de contagion existe, surtout chez les jeunes », explique la Dre Brien. 

En effet, le fait d’être exposé à un suicide multiplierait de 2 à 4 fois le risque de passage à l’acte, selon des études.

Les médecins, résidents et étudiants en médecine du Québec peuvent s’entretenir avec un médecin-conseil du PAMQ en communiquant par téléphone au 514 397-0888 ou sans frais au 1 800 387-4166 ou par courriel à info@pamq.org.

Article paru le 25 janvier 2022 sur ProfessionSanté.ca